L’agora politique de Transition Now du 28 septembre à LLN

En mars 2019, une coalition de partenaires associatifs et de la société civile impliqués dans la Transition a organisé une série d’événements dont est sorti le Manifeste de la Transition écologique et solidaire. En septembre 2019, nous avons voulons renforcer et communiquer ce travail avec la société civile et le soumettre aux mandataires politiques, de la majorité et de l’opposition. Voici un article du travail qui a été réalisé durant cette journée de discussion.

L’intention de cette journée était d’inciter les mandataires politiques à intégrer la Transition comme un axe transversal et central dans les programmes politiques du gouvernement et du parlement. Pour ce faire, les citoyens présents accompagnés de membres de la société civile se sont rassemblés le matin en étant invités pour préparer des questions qu’ils ont soumis aux parlementaires wallons l’après-midi en se nourrissant du manifeste Transition Now.

Les parlementaires présents étaient Eddy Fontaine (PS), Hélène Ryckmans (Ecolo), Anne Kelleter (Ecolo), Yves Evrard (MR), Francois Desquesnes (CdH), Jori Dupont (PTB) et Antoine Hermant (PTB). Pour la société civile, nous avons eut la chance d’accueillir Marc Lemaire pour Groupe One, Pierre Verbeeren de Médecins du Monde, Joëlle Van den Berg du Réseau Idée ainsi que des membres de Agroecology in Action (AIA).

En participant à cette journée, ils ont donc eut l’occasion de découvrir, comprendre et questionner des mesures concrètes à mettre en oeuvre pour la transition, tout en rencontrant des acteurs clés de la société civile et en échangeant avec eux afin de pouvoir questionner et influencer les personnalités politiques.

Par le biais des ONGs, les participants ont chacun rejoint le matin une des 4 thématiques du Manifeste, à savoir: 

  • Gouvernance des Transitions (revitaliser la démocratie, développer de la cohérence et de la participation, réorienter la recherche), 
  • Territoires en Transition (énergie et climat, systèmes alimentaires, mobilité, habitat, biodiversité,…), 
  • Economie de Transition (économie résiliente et locale, partage du temps de travail et des richesses, allocation de reconversion pour la transition…)
  • Vivre ensemble (santé, cohésion sociale, éducation). 

Afin d’initier le travail, les facilitateurs ont instauré un cadre de sécurité pour faciliter les différents ateliers. Ce cadre comprenait plusieurs principes comme le respect, la bienveillance, la souveraineté, le principe de coopération ou encore la confidentialité. Cependant, la valeur essentielle de ce cadre est celui de la coopération. En effet, chacun a un point de vue différent sur la réalité qui l’entoure. L’intention est donc lorsqu’on rencontre un « kayou » dans la discussion de le transformer en pépite en prenant la peine de comprendre l’autre dans son point de vue. Pour chacune des thématiques, les participants se sont séparés en sous-groupes de 3 à 4 participants afin de s’occuper d’un chapitre particulier de la thématique: Le déroulement de la journée a été le suivant. Après une petite séance pleinière introductive dans laquelle le cadre de facilitation a été introduit et la Manifeste présenté, les citoyens se sont répartis dans plusieurs auditoires différents où des experts sont venus présenter les chapitres du manifeste concernant leur thématique d’expertise. Sur base de ceux-ci, des tables de discussion ont été mises en place pour organiser la discussion sur chacun des chapitres en question. Des arbres d’idées ont ensuite été construits par l’ensemble des participants. Après une gourmande pause de midi et une remise en selle via un « energizer » organisé par les facilitateurs, les mandataires politiques se sont prêtés au jeu du « fish bowl ». Dans celui-ci, les citoyens se placent en cercle autour du mandataire politique et chacun à leur tour s’avancent devant celui-ci pour lui adresser une question. Un temps d’échange s’installe alors pendant que les autres citoyens prennent leur rôle d’observateur. Enfin, un compte rendu pour chaque thématique est réalisé en fin de séance avec l’ensemble du groupe. Voici un résumé de ce qu’il en a été tiré pour chaque thématique.

Concernant la thématique de gouvernance, le premier chapitre visait à revitaliser la démocratie. Cette revitalisation passera, selon les citoyens, par une participation et une vigilance accrue de la société civile et des citoyens grand public au sein de nos institutions. L’actuelle assemblée citoyenne de la communauté germanophone constitue déjà un bon exemple en la matière. S’ajoute à cela, un besoin de transparence en matière de gestion des entreprises publiques. Le second chapitre concerne l’implication des acteurs associatifs, de l’éducation et de la recherche afin de leur accorder une écoute attentive menant au soutien d’initiatives de terrain qui sont nombreuses à avoir besoin d’autonomie. L’allocation de budgets participatifs locaux est capital dans ce processus. Enfin, pour remettre de la cohérence dans le quotidien, il faut pouvoir co-créer avec une confiance et une vigilance partagée ainsi que dans un esprit d’expérimentation (une sorte de laboratoire) un projet commun au service du vivant (humain et nature compris). Cette cohérence doit se faire à tous les niveaux, soit de la Convention des Maires au niveau européen en passant par le Conseil Fédéral de Développement Durable au haut Conseil pour le Climat à la région wallonne. Les incohérences juridiques doivent aussi être révisées par exemple en ce qui concerne les droits humains. Il a également été évoqué les procès pour écocide. Pour une telle expérimentation, un cadre de co-création avec cadre de sécurité et des outils de gouvernance doivent être mis en place et les financements nécessaires débloqués.

Dans le groupe qui a travaillé la thématique des territoires en transitions, le premier chapitre abordait l’objectif de rester sous la barre des 1,5°C, les citoyens ont mis en évidence le besoin de décarboner l’économie belge. Des changements systémiques doivent être opérés tel que le passage à un réseau électrique décentralisé afin d’avoir une production locale d’énergie. Sur le plan de la mobilité, faire changer la norme sociale tout en réinvestissant massivement dans les transports en commun. L’objectif étant de faire baisser considérablement le taux de motorisation, par exemple en limitant le nombre de voitures par ménage. Les modes doux doivent aussi être rétablis en diffusant plus d’informations sur les alternatives aux transports. Le second chapitre concerne le développement de systèmes alimentaires durables et résilients. La question de départ qui s’est posée pour les participants était de savoir comment il allait être possible de relocaliser 80% de la production alimentaire en Belgique à l’horizon 2030, en favorisant l’agro-écologie et en respectant le métier d’agriculteur. De nombreuses idées ont été émises à ce sujet. Tout d’abord pour relocaliser la production localement, il faut favoriser les coopératives de circuits courts qui vont directement du producteur au consommateur. Autour des villes, l’objectif est de (re)créer des ceintures alimentaires. Enfin, il y a lieu de créer des espaces d’émergences dans lesquels ceux qui n’ont pas accès aux espaces naturels puissent apprendre à venir cultiver un petit lopin de terre. Pour ceux qui ont un jardin, il est nécessaire de pouvoir les former à la création d’un potager tout en enseignant aux jeunes comment semer et cultiver un jardin dès l’école primaire. Pour faire face aux chocs qui arrivent, il faut retourner à la terre et redorer l’image du métier d’agriculteur pour les NIMA (non issus du monde agricole). Cela nécessite le passage d’une agriculture productiviste  à une agriculture intégrée comprenant des techniques agro-écologiques telles que la permaculture et l’agroforesterie. De plus la R&D en la matière doivent fournir des réponses alimentaires aux chocs qui arrivent. Cela passe notamment par le développement d’une agriculture régénérative, de conservation et de couverture permanente qui nourrit le sol. Evidemment, il s’agira de réduire pour finir par l’interdire l’usage de pesticides en faveur du développement d’une agriculture paysanne qui doit être mis en avant par la re-direction des subsides de l’industrie agroalimentaire vers ces premiers. Concernant le troisième chapitre territorial qui vise à préserver le vivant, les citoyens ont mis en avant l’importance d’allier un développement économique respectueux de l’environnement ainsi qu’une préservation de la biodiversité et du territoire. La conservation des forêts par exemple est essentielle en marge de l’approvisionnement en ressources locales. Enfin en matière d’habitat, il s’agira de stopper son éparpillement en limitant les constructions neuves, surtout celles proches des réserves naturelles. Afin de mener à bien cette transition territoriale, une pensée systémique est nécessaire pour répondre aussi bien aux besoins collectifs qu’individuels. 

Dans le groupe de la thématique économique, les participants ont suggéré de sortir d’une logique de croissance exponentielle. On ne peut en effet plus se permettre d’en faire l’alpha et l’omega de nos vies et les politiques doivent être soucieux d’assurer une prospérité humaine à l’ensemble de la société. Il faut pour cela sortir des budgets classiques pour les ministres et encadrer ces budgets dans une logique de transition générale. Pratiquement parlant, un impact carbone des produits doit être réalisé avec des indicateurs de performance environnementale et une comptabilité environnementale des moyens de production. Plus globalement, il s’agit de passer d’une économie de la compétition à une économie de la coopération et soucieuse de la sécurité socio-économique de ses citoyens qui passe notamment par la gratuité de besoins de base (logement, mobilité, etc). Tout cela n’est possible que si une juste redistribution des richesses et l’adoption d’un mode de vie beaucoup plus sobre sont assurés. La transformation d’une économie globale vers une économie locale est donc indispensable.

Enfin, dans le groupe de la dernière thématique concernant le Vivre Ensemble, on retrouve l’objectif d’un renfort de la cohésion sociale avec la mise en place de régies de quartier dans les villes. En milieu rural, à cause de la centralisation des services, l’isolement des citoyens est de plus en plus important, et ce, également en matière de mobilité. Il faut donc pouvoir renforcer la présence des transports en commun et de services au sens général. Les maisons médicales dans le domaine de la santé en sont un bon exemple. Plus généralement, le vivre ensemble passe la création d’une contre-culture opposée à la logique de l’individualisme dans notre société.

En conclusion, nous espérons que cette agora aura ouvert le champ des possibles afin de créer de nouveaux ponts entre citoyens et politiques pour accélérer la transition!

Pour la suite, n’hésitez pas à (re)parcourir le Manifeste de la Transition écologique et solidaire pour continuer à le diffuser autour de vous.


Les partenaires de Transition Now:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Top